Aave actif réel

Aave franchit le cap historique des 1 000 milliards$ de prêts

En bref : Le 25 février 2026, Aave est devenu le premier protocole DeFi de l’histoire à franchir le cap des 1 000 milliards de dollars de prêts cumulés. Un cap symbolique qui marque la maturité de la finance décentralisée — mais qui soulève aussi des questions concrètes sur la gouvernance et l’adoption institutionnelle.

Il y a dix ans, la finance décentralisée n’existait pas. C’était une idée, un whitepaper, une promesse que quelques développeurs défendaient dans des forums obscurs. Le 25 février 2026, Aave a franchi un seuil que beaucoup jugeaient inatteignable : 1 000 milliards de dollars de prêts décentralisés cumulés, une première absolue dans l’histoire de la DeFi.

C’est Stani Kulechov, fondateur et CEO d’Aave Labs, qui a annoncé la nouvelle sur X :

« We’ve crossed $1 trillion in lending volume, a historic milestone for Aave and DeFi as a whole. A decade ago, DeFi and Aave didn’t exist. They were just ideas. Today, Aave stands as the backbone of onchain lending, powering a new financial system that is open, global, and unstoppable. »
— @StaniKulechov, X (Twitter), 25 février 2026 — Source BanklessTimes

Mais que représente réellement ce chiffre ? Quels sont les moteurs de cette croissance ? Et quels défis attendent le protocole dans les prochains mois ? Cet article vous donne toutes les clés.


1. Comprendre le chiffre : volume cumulé ≠ TVL

Avant tout, une précision essentielle pour éviter la confusion fréquente sur ce type d’annonce. Les 1 000 milliards de dollars ne représentent pas la valeur actuellement déposée sur le protocole — ce que l’on appelle la TVL (Total Value Locked). Il s’agit du volume cumulé de prêts origines depuis le lancement du protocole, c’est-à-dire la somme de tous les emprunts réalisés depuis 2017.

Pour vous donner une idée de l’ordre de grandeur : le PIB annuel de la France tourne autour de 2 800 milliards d’euros. Qu’un protocole de finance décentralisée, fonctionnant uniquement via des smart contracts et sans intermédiaire bancaire, atteigne ce niveau de volume agrégé en moins de dix ans est objectivement remarquable.

La TVL actuelle d’Aave, elle, s’établit à 27,2 milliards de dollars selon les données DeFiLlama au 26 février 2026 — ce qui en fait de loin le premier protocole de prêt décentralisé, devant Morpho, JustLend, SparkLend et Compound Finance, qui dépassent tous les 1 milliard de dollars de TVL mais restent bien loin derrière.

Sur les 30 derniers jours, Aave a généré 83,3 millions de dollars de frais de protocole — soit près de quatre fois plus que son concurrent le plus proche. Ce chiffre, lui, est une mesure d’activité réelle et non cumulée, et il parle clairement de la domination du protocole.


2. Aave en bref : comment fonctionne le protocole ?

Pour ceux qui découvrent l’univers DeFi, voici l’essentiel. Aave est un protocole de finance décentralisée lancé en 2017 sous le nom ETHLend, avant de se rebaptiser Aave en 2018 et d’élargir considérablement ses fonctionnalités.

Son principe est simple : n’importe qui peut déposer des cryptomonnaies sur le protocole pour générer des intérêts, ou emprunter des actifs numériques en fournissant un collatéral (une garantie). Le tout fonctionne sans banque, sans formulaire, sans vérification d’identité — uniquement via des smart contracts : des programmes autonomes déployés sur la blockchain, dont le code est public et auditable par tous.

Aave est aujourd’hui déployé sur de nombreux réseaux : Ethereum en premier lieu, mais aussi Polygon, Arbitrum, Optimism, Avalanche, Base et plusieurs autres. Cette expansion multi-chain est l’une des raisons clés de la croissance de son volume cumulé.

Pour approfondir le fonctionnement technique, vous pouvez consulter la documentation officielle Aave sur GitHub.


3. Les moteurs de cette croissance historique

L’expansion multi-chain

Le volume cumulé de 1 000 milliards de dollars reflète des années d’activité sur de multiples blockchains. À ses débuts, Aave opérait uniquement sur Ethereum. Son déploiement progressif sur les Layer 2 (Arbitrum, Optimism, Base) et les chaînes alternatives a permis de multiplier les utilisateurs et les cas d’usage, en réduisant notamment les frais de transaction.

L’adoption institutionnelle via Aave Horizon

En août 2025, Aave Labs a lancé Aave Horizon sur Ethereum, une infrastructure dédiée aux institutions financières traditionnelles. Le concept : permettre à des acteurs régulés (banques, fonds, gestionnaires d’actifs) d’accéder à la liquidité DeFi en utilisant des Real World Assets (RWA) comme collatéral. Les sociétés VanEck, WisdomTree et Securitize font partie des premiers participants.

Cette initiative marque un tournant dans la stratégie d’Aave : ne plus seulement servir les utilisateurs crypto natifs, mais devenir une couche de liquidité pour la finance traditionnelle.

La résistance aux crises

Là où des plateformes centralisées comme Celsius ou BlockFi se sont effondrées lors des crises de 2022 et 2023, Aave a maintenu son fonctionnement sans interruption. Sa transparence (tout est vérifiable on-chain), ses paramètres de risque définis par la gouvernance, et l’absence de contrepartie centrale ont constitué un avantage structurel décisif pour attirer des utilisateurs en quête de fiabilité.


4. La gouvernance au cœur des débats

Ce cap historique n’arrive pas dans un contexte de consensus tranquille au sein de la communauté Aave. Deux sujets agitent actuellement la gouvernance du protocole.

La proposition de financement d’Aave Labs

Aave Labs a soumis au DAO une proposition d’allocation de 42,5 millions de dollars en stablecoins et 75 000 tokens AAVE pour financer le développement du protocole. En contrepartie, Aave Labs s’engage à reverser tous les revenus générés par les produits de marque Aave vers la trésorerie du DAO. La proposition a suscité des réactions contrastées : certains y voient un modèle sain de financement décentralisé, d’autres s’interrogent sur la concentration du contrôle autour de l’équipe fondatrice.

Le départ annoncé de BGD Labs

Dans ce contexte, BGD Labs — l’un des principaux développeurs techniques d’Aave — a annoncé qu’il cesserait sa collaboration avec le protocole à partir du 1er avril 2026, invoquant des « changements radicaux » dans la structure du DAO. Ce départ, combiné aux tensions autour de la proposition de financement, rappelle que la gouvernance décentralisée est un équilibre fragile, surtout lorsque des intérêts financiers importants sont en jeu.


5. La vision de Stani Kulechov : vers la tokenisation des actifs réels

Au-delà des chiffres actuels, le fondateur d’Aave a esquissé une vision à long terme ambitieuse. Il identifie la prochaine frontière de croissance dans ce qu’il appelle les « abundance assets » : infrastructures solaires, systèmes de stockage d’énergie, robotique industrielle. Des secteurs qu’il estime pouvoir atteindre une valorisation combinée de 50 000 milliards de dollars d’ici 2050.

L’idée : utiliser la DeFi comme couche de financement pour ces actifs réels tokenisés, permettant à n’importe quel investisseur dans le monde d’y accéder via des prêts décentralisés. Si ce scénario se réalise, le cap du trillion franchi aujourd’hui ne serait qu’un premier jalon.


6. L’impact sur le token AAVE

L’annonce du 25 février a eu un effet immédiat sur le marché. Le token AAVE a progressé d’environ 6% dans les heures suivant la publication du tweet de Kulechov, avec un volume d’échanges en nette hausse. Au 26 février 2026, AAVE s’échange aux alentours de 120 dollars.

Il convient toutefois de nuancer : cette progression s’inscrit dans un contexte de rebond global du marché crypto, avec Bitcoin et Ethereum également en hausse sur la même période. Le milestone d’Aave a joué le rôle de catalyseur narratif, mais la tendance technique de fond reste surveillée de près par les analystes — le RSI se situant en zone neutre à 44, avec un Supertrend en mode bearish selon les données Coinotag.


Mon analyse : un jalon réel, des défis concrets

Le cap des 1 000 milliards de dollars est une réalisation indiscutable. Elle valide des années de développement, de résilience face aux crises, et d’expansion vers de nouveaux marchés. Aave n’est plus un protocole expérimental : c’est une infrastructure financière qui génère des dizaines de millions de dollars de revenus chaque mois, utilisée par des particuliers comme par des institutions.

Mais ce milestone arrive à un moment de tension interne notable. La question du financement de l’équipe fondatrice, le départ de BGD Labs, les débats sur la concentration du pouvoir dans le DAO : autant de signaux qui rappellent que la gouvernance décentralisée est l’un des défis les plus complexes de l’écosystème crypto. La DeFi peut résoudre le problème de la confiance dans les intermédiaires financiers. Elle ne résout pas, pour l’instant, le problème de la confiance entre les participants humains d’un même protocole.

Pour les utilisateurs et investisseurs qui s’intéressent à Aave, le 1 000 milliards est une bonne nouvelle. Mais la vraie question pour les mois à venir n’est pas le volume cumulé passé — c’est la capacité du protocole à maintenir sa croissance tout en gérant sereinement ces tensions de gouvernance.


Sources


⚠️ Avertissement — Cet article n’est pas un conseil financier

Le contenu de cet article est fourni à titre informatif et pédagogique uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement, une recommandation d’achat ou de vente de cryptomonnaies ou de tout autre actif financier. Les cryptomonnaies sont des actifs hautement volatils pouvant entraîner une perte totale du capital investi. World Crypto News ne peut être tenu responsable des décisions prises sur la base de cet article. Consultez un conseiller financier agréé avant tout investissement.

Henri Beaumont — Analyste DeFi & Blockchain

Henri Beaumont suit l’écosystème DeFi depuis 2020, avec une spécialisation sur les protocoles de prêt décentralisé, la tokenisation d’actifs réels et la gouvernance des DAOs. Il couvre pour World Crypto News les évolutions techniques et stratégiques des grands protocoles on-chain.

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